Traverse vers Anticosti et Côte-Nord : un premier pas concret
GASPÉ – Les promoteurs de la traverse Gaspé-Anticosti-Havre-Saint-Pierre estiment que le lien maritime pourrait générer 39 millions $ en retombées économiques.
Devant ces résultats dévoilés par la firme Aviseo et les bénéfices socioéconomiques pour les trois secteurs, la Corporation du Port de Havre-Saint-Pierre et les MRC de la Côte-de-Gaspé et la Minganie demandent à Québec de passer à l’étape de soutien pour sa mise en place.
Selon l’étude, le déficit annuel moyen anticipé de la navette est de 6,7 millions $ pour les cinq premières années d’opération, mais les revenus fiscaux et parafiscaux pour Québec dépasseraient 12,5 millions $.
Les partenaires notent au passage que toutes les traverses au Québec sont déficitaires.
L’étude montre une structure de gouvernance pour un modèle d’OBNL où les décisions stratégiques sont prises localement, tout en confiant l’exploitation quotidienne à un opérateur spécialisé.
Les administrations portuaires, les municipalités et les Premières Nations doivent être parties prenantes actives dans la prise de décision.
La dépense touristique supplémentaire liée à la traverse seraient de 11,4 millions $ pour Québec.
Au total, 537 emplois seraient soutenus annuellement dans l’économie québécoise avec l’implantation de ce lien maritime, sans compter l’accessibilité enfin concrète pour l’île d’Anticosti qui est un élément du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Selon les calculs, 39 200 passagers pourraient monter à bord du navire.
Pour les acteurs économiques et politiques, le jeu en vaut la chandelle.
« Le jeu en vaut la chandelle depuis plus de 30 ans. Le port de Havre-Saint-Pierre, on ne le pilote pas pour rien depuis quatre ans. C’est certain qu’un projet structurant dans deux régions éloignées, c’est la cerise sur le sundae. Non seulement il est viable, mais économiquement rentable pour le Québec », évoque la directrice du port, Odessa Thériault.
« Oui, ça vaut la peine, car le dynamisme en région est représentatif. On est peu, mais on vaut beaucoup. Il y a un besoin pour faire l’occupation du territoire. C’est par des projets majeurs comme ça qu’on va donner le goût aux gens de venir sur la Côte-Nord ou la Rive-Sud et s’intégrer. Il faut l’exploiter et le faire connaître », ajoute la mairesse d’Anticosti, Hélène Boulanger.
« Si on a fait toutes ces démarches, ça démontre l’importance pour notre région. La question, on la retourne au gouvernement : quelle importance a pour eux le développement des régions ? Nous, on est persuadé que oui », mentionne la préfète de la MRC de la Minganie, Meggie Richard.
Les études ont été présentées au gouvernement du Québec au cours des dernières semaines.
La balle est maintenant à Québec.
« L’ensemble des prochaines étapes découleront d’un positionnement du gouvernement. Les prochaines étapes dépendent d’un oui ou d’un non. On est rendu là », déclare Mme Thériault.
Des investissements en infrastructures devront être faits à Havre-Saint-Pierre et Anticosti pour accueillir un éventuel traversier.
« Ces étapes ne pourront avancer sans un engagement du gouvernement », poursuit Mme Thériault, ce qui explique que les partenaires ne veulent pas mettre une date de mise en service.
Cependant, une fois un signal positif de Québec, un horizon de quatre à sept ans est ciblé avant de voir une première traversée.
Avec l’achat d’un bateau avec une somme avancée de 20 millions $ plus les travaux à faire, les partenaires du projet ne veulent pas mettre un chiffre global sur l’investissement à faire pour sa mise en place.
« La question est intéressante, mais de dire qu’on aurait besoin de ça, la semaine suivante, plus personne ne me répond. Une première étude va apporter à une autre étude et elles vont s’additionner et le montant global sera impressionnant. On aura des autorisations au fur et à mesure. Si on demande le gâteau tout d’un coup, ils vont dire qu’on est en train de virer fou. Il faut qu’on éclate pour avoir une audition », explique Mme Boulanger.
Le préfet de la Côte-de-Gaspé croit que Gaspé pourrait tirer profit du commerce à développer vers Anticosti et la Côte-Nord, étant un pôle commercial important.
« On a un bon bassin d’entreprises commerciales. Pensons à des concessionnaires d’auto, des quincailleries, la distribution alimentaire où le tissu commercial est moins développé, ce qu’on ne peut pas faire actuellement », souligne Daniel Côté, notant qu’il n’y a que 70 kilomètres entre la pointe et l’île.
La desserte quotidienne entre Havre-Saint-Pierre, l’Île d’Anticosti et Rivière-au-Renard serait déployée sur une période d’opération minimale de 160 jours par année, de juin à novembre.
Le navire de type roulier pourra accueillir jusqu’à 350 passagers, entre 55 et 65 voitures et entre 10 et 15 camions pour le transport des marchandises.
L’horaire de la traverse partirait d’Havre-Saint-Pierre et prendrait 7,5 heures pour se rendre à Anticosti, ferait une escale de 4 heures et prendrait 5 heures pour accoster à Rivière-au-Renard. Le retour se ferait le lendemain.
Cette idée revient 30 ans après l’échec de la traverse entre Rivière-au-Renard et la Côte-Nord entre 1994 et 1996.
Le projet avait connu un nouveau chapitre en 2014.
Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait commandé une étude d’opportunité publiée en avril 2019 qui concluait qu’une telle traverse avec un navire usagé aurait généré un déficit d’exploitation de 7,5 millions $ pour les années 2025-2030, une facture qui aurait grimpé à 12,9 millions $ avec un navire neuf.
Les coûts d’infrastructures avec l’utilisation d’un navire neuf étaient estimés à 136 millions $, un coût évalué à 44 millions $ avec un navire usagé.
Les améliorations des infrastructures étaient de 5 millions $ à Rivière-au-Renard, 4,3 millions $ à Havre-Saint-Pierre et 6 millions $ à Anticosti.
