Actualités > La Gaspésie perd un comté
Actualités

La Gaspésie perd un comté

La nouvelle carte reste semblable à celle déposée en 2023. (Photo : Commission de la représentation électorale)

GASPÉ – Malgré une ultime tentative des élus dans un débat à l’Assemblée nationale en décembre, le décret officialisant la perte d’une circonscription en Gaspésie est tombé mercredi matin sur la Gazette officielle du gouvernement du Québec.

La Commission de la représentation électorale avait déposé le 2 décembre une carte qui maintenait l’abolition d’une circonscription en Gaspésie, en fusionnant Bonaventure et Gaspé et envoyant la Haute-Gaspésie dans Matane-Matapédia.  

Dans son rapport, la commission indique avoir analysé les circonscriptions des régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie– Îles-de-la-Madeleine en les regroupant à l’intérieur d’un même ensemble régional.

La création de cet ensemble permet de faciliter la compréhension du contexte et des enjeux particuliers qui ont mené à la détermination de notre proposition de délimitation des circonscriptions de cette région.

Le 30 avril 2023, la circonscription de Bonaventure présentait un écart négatif de 29,2 % et Gaspé 40,6 %, ce qui excédait la limite légale de ± 25 % par rapport à la moyenne provinciale.

Pour Gaspé, la situation s’est même détériorée alors que l’écart négatif a atteint 41,5 % au 30 novembre 2024.

La circonscription de Gaspé est maintenant la moins populeuse au Québec, après celle des Îles-de-la-Madeleine.

Depuis l’établissement de la carte électorale de 2017, les circonscriptions de Bonaventure, de Gaspé et de Matane-Matapédia ont connu des diminutions de leur nombre d’électeurs de -0,3 %, -1,5 % et -1,3 %.

Entre 2014 et 2023, le poids électoral de la région est passé de 4,55 circonscriptions, en novembre 2014, à 4,37 circonscriptions.

Selon la commission, cette tendance serait appelée à se poursuivre au cours des prochaines années.

Multiples déceptions

Sans surprise, la décision, même si tous s’en attendait, provoque une marée de déception.

C’est le cas notamment du maire de Gaspé et préfet de la MRC de la Côte-de-Gaspé qui était le porte-parole de la Table des préfets de la Gaspésie sur cet enjeu.

« C’est triste de voir ça. C’est une grosse perte pour la démocratie. C’est une grosse perte pour la représentation des régions », réagit Daniel Côté.

L’élu prévient les régions de la Côte-Nord, de l’Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent qu’elles pourraient se retrouver à leur tour avec un seul député d’ici 25 ans.

L’infime espoir reste que la Cour suprême remette en place la loi adoptée en mai 2024 qui maintenait Bonaventure et Gaspé.

Québec a demandé avant les fêtes la permission d’en appeler au plus haut tribunal du pays.

L’autre espoir reste une loi d’exception à être adoptée d’ici mars par les élus au Parlement de Québec.

« Quand un gouvernement veut passer une loi spéciale, il la passe sur n’importe quoi », évoque le maire qui fait le pari que la plupart des partis à l’Assemblée nationale appuierait une telle loi.

Le préfet de la Haute-Gaspésie, Sylvain Tanguay, voit aussi une catastrophe.

« Notre poids politique n’est déjà pas exorbitant et maintenant on perd 50 % de notre représentation. Du côté de la Haute-Gaspésie, nous avons toujours exprimé notre désir de faire partie d’une circonscription de la Gaspésie. Avec le scénario proposé, nous allons travailler avec la Gaspésie pour tout ce qui est de l’administration publique alors que nous allons devoir travailler avec le Bas-Saint-Laurent pour ce qui est des représentations politiques. »

Sylvain Tanguay ajoute qu’il a toujours été difficile pour la Haute-Gaspésie d’attirer l’attention des décideurs.

« On se retrouve à ramer dans les deux sens avec des interlocuteurs qui auront une attention à géométrie variable pour la Haute-Gaspésie. »

Réactions d’élus provinciaux

« Nous sommes évidemment déçus de la décision publiée par le Directeur général des élections, puisque les changements proposés par la Commission de la représentation électorale ne répondent pas pleinement aux besoins de la Gaspésie et à la volonté des élus de l’Assemblée nationale », écrit par courriel le député caquiste de Gaspé, Stéphane Sainte-Croix rappelant la démarche de son gouvernement lancé devant la Cour suprême.

« L’objectif demeure de garantir que les citoyens de toutes les régions, et particulièrement ceux de la Gaspésie, soient bien représentés à l’Assemblée nationale. Nous continuons d’analyser les différentes options pour assurer une représentation juste de la région et travaillerons de manière constructive avec tous les partis afin de déterminer la suite des démarches. »

Sa collègue caquiste de Bonaventure, Catherine Blouin, n’est pas surprise, mais déçue, elle qui espérait un miracle qui n’est pas arrivé.

« Ça demeure un impact négatif pour la Gaspésie », lance-t-elle.

Québec solidaire propose d’ajouter deux circonscriptions au Parlement pour combler la recommandation de créer des comtés dans les Laurentides et le Centre-du-Québec, ce qui permettrait de maintenir Bonaventure, Gaspé.

« Personne ne serait perdant. Les deux régions qui gagnent un siège le gagne. Les deux régions qui perdaient leur siège les gardent. On passe de 125 à 127. Ce n’est pas un bouleversement majeur de l’échiquier politique. C’est une loi assez simple à adopter si les homologues des autres partis sont d’accord », évoque le porte-parole solidaire dans le dossier de la carte, Alexandre Leduc.

Une position que ne veut pas prendre la caquiste de Bonaventure.

« Ajouter des députés ne protège pas la Gaspésie. Ça ne veut pas dire que ces comtés seraient en Gaspésie. Je veux m’assurer d’avoir une grande vigilance pour m’assurer que la Gaspésie soit bien représentée, mais je ne veux pas vous parler des moyens pour l’instant. Ce sont des discussions qui doivent avoir lieu », réplique Catherine Blouin.

Mais cette position trouve écho au sein du Parti québécois.

« L’ajout de deux sièges semble être la seule avenue possible. À ce compte-là, le Parti québécois appuierait la démarche. Mais il y a encore beaucoup de discussions, ça va vite. Tout le monde collabore. Aucun joueur ne met du plomb dans la démarche », réagit la porte-parole nationale du PQ et ancienne députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon.

Du côté du député péquiste actuel de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, il s’agit d’une journée sombre pour la région.

« On perd une voix à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas comme si on en avait trop. La CRÉ ne nous a pas écouté malgré la volonté de l’ensemble des parlementaires de garder le poids politique de la Gaspésie. »

Il estime que les conséquences sont importantes, à commencer par La Mitis qui est scindée en deux d’un côté et l’ajout de la Haute-Gaspésie de l’autre.

C’est donc à dire que les intervenants du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie auront des interlocuteurs différents même s’ils sont la même région, ou pire, dans la même MRC.

« Pour Matane-Matapédia, on parle de 51 municipalités, quatre MRC, trois centres de service scolaires. Ça va denier l’un des comtés les plus complexes à représenter. »

Pascal Bérubé demande à l’ensemble des parlementaires de prendre des actions sans tarder pour maintenir le poids politique de la région.  

L’impact de la nouvelle carte

Avec la nouvelle carte proposée, Gaspé-Bonaventure aurait un écart positif de 11,6 % alors que les autres circonscriptions de l’Est du Québec auraient un écart dans la moyenne provinciale, exception des îles, qui maintiennent leur statut d’exception par la loi avec un écart négatif de 78,0 %.

La commission précise dans son rapport que l’égalité relative du vote n’est pas le seul critère, mais son respect demeure un fondement incontournable pour assurer une représentation équitable de l’ensemble de l’électorat québécois.

Parmi les commentaires entendus durant les consultations, la diminution du poids politique de la Gaspésie par rapport à ses enjeux spécifiques.

« Le mandat de la commission consiste avant tout à garantir la représentation effective des électrices et des électeurs. Ce n’est pas son rôle de garantir la représentation des régions à l’Assemblée nationale ni de prévoir un nombre minimal de sièges par région », mentionne-t-elle dans son rapport.

Par ailleurs, sur le statut d’exception enchâssé dans la loi électorale, la commission est d’avis que « si un tel statut était accordé aux circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure, d’autres circonscriptions du Québec devraient aussi en bénéficier. En effet, elles ne sont pas les seules à présenter une situation particulière au Québec. Près de 20 circonscriptions se distinguent par une ou par plusieurs caractéristiques géographiques spécifiques, comme leur superficie, leur étendue, le nombre de municipalités qu’elles regroupent, leur éloignement par rapport à l’Assemblée nationale ou la taille de leur pôle urbain. La multiplication du nombre de statuts d’exception dans la Loi n’est pas souhaitable, car elle diminuerait le caractère exceptionnel des circonscriptions concernées et elle accroîtrait considérablement les inégalités de représentation ».

La nouvelle carte sera en application lors du scrutin du 5 octobre prochain.

Facebook Twitter Reddit